Même si la mission Artemis II de la NASA a attiré l’attention du monde entier grâce à son vol circumlunaire réussi, le récit de la domination lunaire américaine est peut-être prématuré. Sous les gros titres du programme spatial américain, la Chine mène une campagne méthodique et très disciplinée pour envoyer ses propres astronautes sur la surface lunaire.
Alors que la NASA s’efforce de rétablir une présence humaine sur la Lune pour la première fois depuis plus de cinq décennies, un modèle stratégique différent émerge de l’Est – un modèle qui pourrait voir des empreintes chinoises apparaître sur la Lune avant la fin de la décennie.
Jalons furtifs en Chine : tester le matériel
Contrairement aux missions Artemis, très médiatisées, les progrès récents de la Chine ont été caractérisés par des tests techniques conçus pour prouver la fiabilité plutôt que pour attirer l’attention des médias. Un récent test réussi de la fusée Longue Marche 10 et du vaisseau spatial Mengzhou met en évidence plusieurs avantages technologiques clés :
- Systèmes d’abandon avancés : Lors d’un test récent, les contrôleurs de mission ont réussi à déclencher un système de fusée à poudre pour éloigner le vaisseau spatial Mengzhou du lanceur pendant l’ascension. Cette capacité « d’interruption en vol » est essentielle pour la sécurité de l’équipage.
- Récupération propulsive : L’étape Longue Marche du 10 a démontré une « combustion de rappel » suivie d’un amerrissage propulsif contrôlé. Cette capacité d’atterrissages précis et motorisés est un exploit que le Système de lancement spatial (SLS) actuel de la NASA n’est pas actuellement conçu pour égaler.
- Conception de fusée modulaire : La Chine s’oriente vers une configuration de booster multicœur, similaire à l’architecture du SpaceX Falcon Heavy, pour fournir la portance massive requise pour les missions dans l’espace lointain.
La divergence stratégique : centralisation contre collaboration
La différence la plus significative entre les deux programmes réside dans leurs structures organisationnelles. Cette distinction crée un ensemble unique d’avantages et de risques pour les deux nations.
Le modèle américain : un réseau distribué
Le programme Artemis de la NASA s’appuie sur un réseau complexe et décentralisé de partenaires internationaux et d’entités commerciales privées, notamment SpaceX et Blue Origin. Si cela favorise l’innovation et le partage des coûts, cela introduit également de la complexité. Les États-Unis doivent gérer diverses parties prenantes, chacune avec des délais et des normes techniques différents, ce qui peut entraîner des changements et des retards dans les programmes.
Le modèle chinois : un commandement unifié
En revanche, le programme lunaire chinois est piloté par une approche centralisée dirigée par l’État, principalement gérée par la China Aerospace Science and Technology Corporation. Cela permet un effort singulier et concentré.
“Si les Chinois parviennent à maintenir un seul effort concentré, ils conserveront un avantage”, note Bleddyn Bowen, codirecteur du Space Research Center de l’Université de Durham. “Aujourd’hui, les efforts de la Chine ressemblent davantage au programme lunaire américain Apollo des années 1960, tandis que le programme américain Artemis ressemble aux bureaux d’études concurrents de l’Union soviétique de la fin des années 1960.”
La feuille de route vers la Lune
La Chine s’est fixé un objectif clair et ambitieux : un alunissage en équipage avant 2030. L’architecture de leur mission prévue prend déjà forme :
- Lancement : Deux fusées Longue Marche 10 seront utilisées.
- Transport : Une fusée transportera le vaisseau spatial Mengzhou (le module d’équipage), tandis que l’autre transportera l’atterrisseur lunaire Lanyue.
- Rendez-vous : Les deux vaisseaux se rencontreront en orbite lunaire basse, où les astronautes seront transférés du Mengzhou au Lanyue pour la descente finale vers la surface.
Alors que les États-Unis visent un atterrissage d’ici 2028 via Artemis IV, les progrès de la Chine en matière de matériel d’atterrissage – qui a déjà testé l’atterrisseur Lanyue en gravité lunaire simulée – suggèrent qu’ils réduisent rapidement l’écart.
Au-delà de la course : une question de permanence
Alors que la « course » est souvent présentée comme un sprint pour être le premier à toucher la surface, les experts suggèrent que la véritable compétition pourrait porter sur la présence à long terme. Certains analystes estiment que même si les États-Unis pourraient atteindre la Lune en premier, la Chine pourrait avoir de meilleures chances d’établir une station lunaire permanente avec équipage en raison de son approche de développement intégrée.
Peu importe qui arrivera en premier, la densité croissante de l’activité lunaire soulève une question cruciale : comment ces deux superpuissances géreront-elles la Lune ? Alors que les deux pays se dirigent vers le pôle sud lunaire, le besoin de normes internationales et d’une compréhension commune concernant l’exploration lunaire devient plus urgent que jamais.
Conclusion : Alors que la NASA est actuellement leader en termes de visibilité publique et de complexité des missions, l’approche centralisée et centrée sur le matériel de la Chine constitue une menace légitime pour la primauté lunaire américaine, faisant potentiellement des années 2030 une décennie définie par la présence lunaire chinoise.
