Le ministère américain de la Défense étudie les moyens d’extraire l’énergie du combustible nucléaire usé, créant ainsi potentiellement des sources d’énergie durables pour des applications militaires. Même si l’énergie nucléaire civile n’a pas tenu ses promesses initiales d’une énergie abondante et bon marché, les déchets qu’elle génère restent une ressource puissante. Ce changement reflète un besoin croissant d’autosuffisance en matières critiques et un désir de tirer parti de la technologie nucléaire au-delà du combustible des réacteurs traditionnels.

Le problème des déchets nucléaires

Le combustible nucléaire usé contient des matières hautement radioactives qui restent thermiquement chaudes pendant des années et dangereuses pendant des millénaires. La pratique actuelle consiste à stocker ces déchets, mais certains y voient une source d’énergie inexploitée. Des entreprises comme Project Omega, une start-up du Rhode Island, proposent de recycler ces déchets en extrayant des éléments utilisables et en les réintroduisant dans des réacteurs ou d’autres technologies.

Pourquoi est-ce important : Les États-Unis dépendent actuellement de sources étrangères – principalement de la Russie – pour certains isotopes radioactifs vitaux pour les applications médicales et militaires. Cette dépendance crée une vulnérabilité stratégique, car Moscou pourrait perturber l’approvisionnement à tout moment. Le recyclage domestique atténuerait ce risque.

Les applications militaires

L’armée bénéficiera grandement du recyclage des déchets nucléaires. Des sources d’énergie de longue durée pourraient être déployées dans des avant-postes éloignés, des drones autonomes, des capteurs spatiaux et même des convois de véhicules, réduisant ainsi la dépendance à l’égard de conduites d’approvisionnement en carburant vulnérables. Les décrets du président Trump de 2025 ont marqué leur soutien au développement avancé de réacteurs nucléaires, accélérant encore cette tendance.

L’avantage : Contrairement aux batteries traditionnelles ou aux combustibles fossiles, les systèmes à énergie nucléaire nécessitent un ravitaillement minimal, ce qui les rend idéaux pour des opérations prolongées dans des environnements difficiles.

Le problème du plutonium et la solution des sels fondus

Un obstacle majeur au recyclage nucléaire est la production de plutonium, un élément clé des armes nucléaires. Les États-Unis ont toujours découragé le retraitement en raison de problèmes de prolifération, faisant pression sur leurs alliés pour qu’ils l’évitent également. Cependant, le projet Omega propose un processus d’extraction de sels fondus qui minimise le risque lié au plutonium.

Comment ça marche : L’entreprise chauffe un mélange de sels (comme le chlorure de lithium) et le mélange avec des déchets radioactifs, puis utilise des réactions chimiques pour séparer les métaux purs. Ce processus produit toujours du plutonium, mais celui-ci reste piégé dans un mélange complexe, ce qui rend plus difficile sa militarisation.

Dépendance des États-Unis et autosuffisance stratégique

Les États-Unis achètent actuellement des isotopes radioactifs à la Russie, créant ainsi un point d’étranglement stratégique. Le recyclage interne du Projet Omega réduirait cette dépendance, renforçant ainsi la sécurité nationale. L’entreprise a déjà reçu une lettre d’attribution de la Defense Advanced Research Projects Agency (DARPA) et collabore avec le Pacific Northwest National Laboratory du ministère de l’Énergie.

L’objectif : Créer un système en boucle fermée dans lequel les déchets nucléaires ne sont pas enfouis mais retraités en énergie utilisable, garantissant ainsi l’autosuffisance à long terme pour les applications civiles et militaires.

La relance des déchets nucléaires offre un avantage stratégique. En transformant les déchets en trésor, les États-Unis peuvent réduire leur dépendance à l’égard des fournisseurs étrangers, renforcer leurs capacités militaires et libérer un potentiel énergétique inexploité.